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Si quelqu’un un jour vous parle de faire un film d’animation avec des plaques
d’eau-forte, prenez le au sérieux car il risque de vous en parler jour et nuit
pendant plusieurs mois.
L’univers de l’animation a de tout temps été réservé à un groupuscule de
compulsifs qui ne peuvent s’empêcher de passer des semaines à dessiner 30
secondes d’un film au rythme de 24 dessins pour une seconde. Que ce soit McLaren
et ses superbes animations réunissant toutes les inventions de techniques du
grattage au pastel sec, ou bien les furieux photocopieurs à la main Mrzyk et
Moriceau, jamais on n’avait lancé pareille entreprise, faire un film avec des
plaques de gravure. Chaque plaque nécessitant plusieurs stades d’interventions
étalés sur plusieurs jours, il faudrait être masochiste pour se lancer dans un
tel projet.
Mais le défi fut relevé, et « Les Caprices » de Goya, les géniales aquatintes en
série furent convoquées à rencontrer la croupe sexy des Montaigu et Capulet
sauce Porto-Polonaise de « West Side Story ». Ici encore l’éternel affrontement
clanique se rejoue sous nos yeux, mais là ou Robert Wise et son équipe passèrent
plusieurs mois à tourner la totalité du film, Antoine Dorotte jeta son dévolu
sur une seule scène. Mais quelle scène… une épopée concentrée en un geste, je
devrais plutôt parler d’une geste comme on le dit d’une chanson, un mouvement
fugitif, rapide, éclatant comme tout mauvais coup que l’on trame depuis fort
longtemps. Il y est donc question d’Arlésienne, point de Juliette, point de
Maria, Bernstein est passé sous silence, la gravure ne se donne qu’en plaques le
tirage est ailleurs, seule la danse reste, un esprit de danse, ce fabuleux
ballet d’une pointe sèche sur le zinc, le gracile envol d’un papillon à cran
d’arrêt.
Sur un coup d’surin, ne craint pas la belle répétition des perroquets, la boucle
saura vous ravir….
Bruno Peinado

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