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Double vue
- Jean Charles Blais
Pourquoi les objets d’art finissent toujours mal ? La peinture par
exemple est une activité qui produisait immanquablement un objet
et la réduction d’un espace en une pellicule infra-mince.
Depuis l’avènement de la photographie, puis du cinéma,
cette pratique récemment délaissée, ne contracte
plus rien. Désormais l’art de peindre à ses interprètes,
un répertoire. Une invocation, de mémoire. Mais la photographie,
semble t’il, fait très bien le tableau, voici donc une image
soustraite à toute les formes communes de diffusions et d’échange,
devenu objet, par l’action concertée d’opérateurs
occupés à régler la visibilité d’un
art actuel en charge de l’émancipation du regard et de la
critique des codes institués. Mais que faire de la présentation
de photographies, d’une vidéo ou d’un film de cinéma,
affublées d’un certificat garantissant l’unicité
ou la limitation à trois ou dix copies, au sein d’une culture
contemporaine de masse qui a adopté ces média parfaitement
accessibles comme matériaux pour l’échange la circulation
du savoir et la représentation du monde? Quel est le sens de cette
rareté artificielle? On a du mal a pensez qu’il s’agit
là de garantir une quelconque qualité spécifique,
qu’une copie serait plus originale que l’autre. L’aura
alors de l’oeuvre confidentiel serait elle plus grande d’être
réservée à l’happy few chère? La musique
la littérature ou le cinéma sont devenus des éléments
de ce qu’il convient d’appeler la culture de masse, produit
de telle façon qu’ils soient disponible et accessible sans
restriction à l’ensemble des publics et c’est par l’adoption
de modes de duplication et de diffusion ad hoc et le renoncement à
la notion d’objet original qu’ils y sont parvenus. Car si
la valorisation de la rareté est l’une des obsessions affichées
du milieu de l’art occidentale, c’est aussi devenu une notion
structurante pour une très large partie de la production des artistes,
entravant souvent les oeuvres jusqu'à les rendre inopérante,
précipitant, quel que soit sa nature, l’objet dit d’art,
dans l’univers enchanté du cabinet d’amateur (moderne
& contemporain). Des flots d’images donc, extraits du monde,
échantillon cinématographique, fragments télévisuel,
album des familles, convocation de la publicité, de la mode, peep
show et loges des concierges, chroniques et commentaires, gigantesque
remake d’un réel supposé, qui transfiguré par
l’importation dans un lieu pour l’art, préfère
le destin ipso/facto d’un enregistrement à l’inventaire
des musées. Cette campagne ethnographique aux objectifs incertains,
près d’un siècle après l’invention d’un
ready made, apparaît au vue de ses qualités émancipatrices
avoir quelques accointances avec la danse de salon. Et comme Marcel Duchamp
semble toujours actif dans les esprits épris d’art, plus
que de se repaître encore de la fortune de la Fontaine il semblerait
bien plus curieux d’interroger le tourbillon des Rotoreliefs. Pas
de spectacle, juste l’apparition d’une forme qui déroute
le commentaire. Mais désormais l’art actuel est associé
avec bonne humeur à toutes les démonstrations du goût
auquel le convoquent ses tuteurs explicitement liés à la
visibilité des pouvoirs et peu enclin à renoncer à
des privilèges qui fondent l’usage parcimonieux et réservent
l’accessibilité des oeuvres à un monde strictement
minuscule. Aucune nécessité ne semble poindre de devoir
ajuster le discours le médium et l’usage. Statu quo. Ce pourrait
être l’objet même de l’art de disséminé
les formes et de faire disparaître les objets, et peut être,
alors, l’art échappant à la vigilance de ses curieux
propriétaires..
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